Vous venez d’avoir un bébé, votre vie a été retournée comme une chaussette, et tout le monde répète que « c’est le plus beau moment de ta vie ».
Pendant ce temps, vous pleurez sous la douche, vous vous énervez contre votre partenaire, ou vous fixez le plafond à 3 h du matin alors que le bébé dort enfin, en vous demandant : « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? »
Si vous vous reconnaissez, vous n’êtes ni cassée, ni une mauvaise mère, et surtout pas seule.
Cet article explique la différence entre baby blues et dépression post-partum, ce qu’est l’anxiété post-partum, et comment savoir si c’est un « simple » crash hormonal ou le signe que vous avez besoin d’aide.
Si une seule phrase vous parle, continuez à lire. Pour certaines femmes, ces informations changent littéralement la vie.
En France, sages-femmes et gynécologues préviennent souvent : « Vers le troisième jour, attention au baby blues ». Puis le bébé arrive, vous rentrez à la maison, et vous comprenez très concrètement de quoi il s’agit.
Le baby blues touche jusqu’à 80 % des jeunes mamans. En gros, 8 femmes sur 10 en font l’expérience à des degrés divers.
Il est principalement lié à :
Ce n’est pas un signe de faiblesse. C’est votre corps et votre cerveau qui encaissent des bouleversements énormes en très peu de temps.
La plupart des mamans remarquent très vite des variations d’humeur après l’accouchement.
Quand commence le baby blues ?
Le plus souvent entre le 2ᵉ et le 3ᵉ jour après la naissance,
souvent juste après la sortie de la maternité ou quand l’adrénaline retombe.
Quand atteint-il un pic ?
Souvent autour du 5ᵉ jour. Beaucoup de femmes décrivent ce jour-là comme « le jour de la grosse crise ».
Quelle est la durée du baby blues ?
En général, les symptômes s’apaisent en 10 à 14 jours après l’accouchement.
Vous pouvez rester fatiguée et sensible, mais les montagnes russes émotionnelles se calment.
Si vos symptômes restent très intenses au-delà de 2 semaines, c’est un signal important pour en parler à votre médecin généraliste, à votre sage-femme libérale ou à votre PMI. L’objectif est d’écarter ou de confirmer une dépression post-partum, aussi appelée dépression postnatale.
Les symptômes du baby blues peuvent donner l’impression d’être en vrac complet. Une minute vous riez de la petite grimace de votre bébé, la suivante vous êtes en larmes parce que votre café a refroidi.
Les symptômes de baby blues les plus fréquents sont :
Sauts d’humeur
Bien une minute, en pleurs ou à fleur de peau la minute d’après.
Larmes faciles
Vous pleurez « sans raison », souvent en fin de journée ou après la visite de proches.
Irritabilité
Vous vous emportez contre votre partenaire ou votre famille, tout vous agace vite.
Anxiété
Vous vous inquiétez beaucoup, surtout à propos de l’allaitement, du sommeil, ou de la peur de « mal faire ».
Difficultés à dormir même quand le bébé dort
Vous êtes épuisée, mais votre cerveau ne se met pas en pause.
Sentiment de débordement
Les tâches du quotidien (nourrir, changer, se doucher) ressemblent à un marathon.
Avec un baby blues, malgré tout cela :
Si c’est globalement ce que vous vivez, vous êtes probablement dans la zone « classique » du baby blues. Dans cette phase, soutien, repos et réassurance font déjà une grande différence.
La dépression post-partum n’est pas juste un baby blues qui traîne. C’est une vraie maladie, qui mérite un traitement comme n’importe quel autre problème de santé.
Les études françaises et européennes estiment qu’environ 10 à 15 % des mères présentent une dépression post-partum dans l’année qui suit la naissance. Au moins 1 femme sur 10, probablement plus, car beaucoup n’en parlent jamais.
C’est souvent là que les idées reçues compliquent les choses.
La dépression post-partum :
Donc si votre bébé a 4 mois ou 9 mois et que vous pensez : « À ce stade, ce n’est plus possible que ce soit une dépression post-partum, si ? »
Si, c’est possible. On reste dans le cadre de la période postnatale.
Chaque femme vit sa dépression postnatale à sa manière, mais il existe des signes fréquents.
Si vous repérez plusieurs de ces signes de dépression post-partum la plupart des jours pendant plus de 2 semaines, il est temps de demander de l’aide :
Tristesse persistante ou sensation de vide
Vous vous sentez plombée, vide ou sans espoir une grande partie de la journée.
Perte d’intérêt ou de plaisir
Ce qui vous faisait du bien avant (séries, livres, loisirs, même câliner le bébé) ne vous procure plus rien.
Peu ou pas d’intérêt pour le bébé
Vous vous occupez de ses besoins, mais vous vous sentez distante, agacée ou indifférente.
Anxiété intense ou attaques de panique
Peur très forte, cœur qui s’emballe, tremblements, impression de perdre pied ou de s’évanouir.
Difficulté à créer du lien avec le bébé
Vous n’avez pas eu la fameuse « vague d’amour » dont tout le monde parle. Vous ressentez peu de choses, ou parfois de la colère.
Impression de ne plus pouvoir assurer le quotidien
Se lever, se laver, répondre à un message, vous semble insurmontable.
Repli sur soi
Vous évitez les appels, vous annulez les visites, vous préférez rester seule ou vous avez l’impression que personne ne peut comprendre.
Troubles du sommeil
Insomnie (pensées qui tournent en boucle, impossible de dormir même quand le bébé dort) ou, au contraire, besoin de dormir tout le temps.
Changements d’appétit
Vous ne mangez presque plus ou, au contraire, vous grignotez beaucoup pour vous réconforter.
Sentiment de culpabilité, d’échec, d’être une « mauvaise mère »
Vous vous jugez avec une grande sévérité, sans bienveillance, sans lien avec la réalité.
Idées de vous faire du mal ou de faire du mal à votre bébé
Cela peut aller d’images intrusives non souhaitées à des idées plus structurées.
Pour ces deux derniers points, il faut être très claire :
Avoir des pensées de vous faire du mal, ou de faire du mal à votre bébé, ne fait pas de vous un monstre. C’est le signe que vous allez très mal et que vous avez besoin d’aide urgente, pas de honte.
Beaucoup de femmes ne se sentent pas surtout tristes. Elles se sentent terrifiées.
Vous êtes peut-être constamment sur le qui-vive, le cœur qui bat vite, à vérifier si le bébé respire toutes les 5 minutes, à chercher sur Internet chaque petit bouton sur sa peau à 2 h du matin.
Il peut s’agir d’anxiété post-partum, qui peut exister seule ou en plus d’une dépression postnatale.
Un certain niveau d’inquiétude est normal quand on devient parent. L’anxiété post-partum, elle, ressemble plutôt à :
Inquiétudes excessives qui ne s’arrêtent jamais
Les pensées tournent en boucle. Impossible de vous rassurer vous-même.
Pensées qui s’enchaînent sans répit
Votre esprit passe d’un « et si… » catastrophique à un autre, jusqu’à l’épuisement.
Vérifications constantes ou besoin de réassurance
Vous contrôlez la respiration du bébé encore et encore, vous avez souvent besoin que quelqu’un vous dise « c’est bon, tout va bien ».
Symptômes physiques
Oppression dans la poitrine, palpitations, vertiges, sueurs, impression qu’un drame va arriver.
Incapacité à se détendre
Même quand le bébé dort paisiblement, votre corps reste en alerte maximale.
Évitement
Vous évitez de dormir, de sortir, de laisser quelqu’un d’autre porter ou garder le bébé par peur de ce qui pourrait arriver.
Certaines femmes très anxieuses après l’accouchement ne se sentent pas forcément déprimées. Elles concluent donc : « Ce n’est pas une dépression post-partum ». En réalité, la santé mentale après la naissance peut prendre plusieurs formes : dépression, anxiété, ou les deux ensemble.
Mettre les deux face à face aide souvent à y voir plus clair. En lisant la suite, demandez-vous doucement à quoi ressemble le plus votre vécu.
Baby blues
Dépression post-partum
Si vos symptômes intenses commencent ou persistent après les 2 premières semaines, on pense davantage à une dépression post-partum qu’à un baby blues.
Baby blues
Dépression post-partum
Baby blues
Dépression post-partum
Si vous vous surprenez à chercher : « durée baby blues » parce que vous êtes à 4 semaines et que vous vous sentez toujours très mal, c’est un signal fort pour vous interroger sur une possible dépression postnatale et en parler à un professionnel.
Le manque de sommeil amplifie tout. Quelques questions peuvent vous aider à y voir plus clair :
Si, par magie, vous dormiez vraiment bien pendant une semaine, pensez-vous que vous redeviendriez « à peu près vous-même » ?
Ou vous sentez-vous tellement triste ou anxieuse que même imaginer du repos ne changerait pas grand-chose ?
Avez-vous encore, dans la journée, des moments où vous vous sentez à peu près bien, même très courts ?
Ou est-ce lourd et sombre du matin au soir, sans répit ?
Vos proches vous disent-ils que vous « n’êtes plus tout à fait comme avant », ou que vous avez l’air « vraiment pas bien » ?
Votre ressenti compte. Si une petite voix en vous murmure « je crois que j’ai besoin d’aide », écoutez-la. C’est une voix précieuse.
Beaucoup de mères retardent la recherche d’aide pour une dépression post-partum par honte ou par peur.
Elles se disent : « D’autres vivent pire, je devrais m’en sortir », ou « Je vais attendre, ça va passer ».
Vous n’avez pas besoin de toucher le fond pour mériter du soutien.
En France :
Demander de l’aide ne signifie pas qu’on va vous enlever votre bébé. Les équipes de santé ont pour objectif de vous protéger, vous et votre enfant, ensemble.
Le traitement de la dépression post-partum vise à vous redonner des forces, pas à vous juger.
Vous n’avez pas besoin d’arriver chez le médecin avec les « bons mots ». Le plus important est de commencer à parler.
Si vous le pouvez, parlez-en à au moins une personne en qui vous avez confiance :
Vous pouvez dire, par exemple :
Montrer un article comme celui-ci sur votre téléphone peut aussi vous aider à expliquer.
En France, vous pouvez vous adresser à :
Vous pouvez dire simplement :
« Depuis l’accouchement, je me sens très triste et anxieuse. Ça dure depuis plus de deux semaines et j’ai peur d’être en dépression post-partum. »
Mentionnez les symptômes de dépression post-partum ou d’anxiété post-partum que vous avez repérés : difficultés à créer du lien, crises d’angoisse, idées noires, pensées intrusives.
Vous méritez d’être prise au sérieux. Si vous avez l’impression de ne pas être écoutée, vous avez le droit de réinsister, de revenir, ou de consulter un autre médecin.
En maternité, en PMI ou chez certains médecins, on utilise souvent un petit questionnaire appelé Échelle de dépression postnatale d’Édimbourg (Edinburgh Postnatal Depression Scale - EPDS).
Il comporte 10 questions sur votre état au cours des 7 derniers jours, portant sur :
Vous cochez des réponses de type « La plupart du temps », « Parfois », « Jamais ».
Le score obtenu donne une indication sur un risque possible de dépression postnatale ou sur le besoin de soutien supplémentaire.
L’EPDS n’est pas un diagnostic à elle seule, mais c’est un outil de dépistage qui aide à décider de la suite.
Si cela vous rassure, vous pouvez aussi chercher cette échelle en ligne, la remplir tranquillement chez vous, puis l’apporter à votre rendez-vous pour en discuter.
La dépression post-partum et l’anxiété post-partum se soignent. Beaucoup de femmes récupèrent pleinement avec une prise en charge adaptée. Vous n’avez pas à « tenir le coup » pendant des mois en souffrant en silence.
Parmi les prises en charge possibles :
Thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
Elle aide à repérer les pensées et comportements qui entretiennent la souffrance, et à les remplacer par des réactions plus adaptées et plus douces envers vous-même.
Psychothérapie ou accompagnement psychologique
Pour déposer ce que vous avez vécu (grossesse, accouchement, séjour à la maternité), parler de votre nouvelle identité de mère, de vos relations, de vos émotions, dans un espace sécurisé.
Vous pouvez être orientée par votre médecin, votre sage-femme, la PMI, ou consulter directement un psychologue ou un psychiatre en libéral.
Dans certaines régions, des consultations mère-bébé ou cellules de santé mentale périnatale existent au sein des hôpitaux ou des réseaux de périnatalité.
Des associations de parents proposent aussi des groupes de parole et du soutien entre mères, en présentiel ou en ligne.
Parfois, les thérapies ne suffisent pas, surtout si les symptômes de dépression post-partum sont sévères.
Votre médecin généraliste ou un psychiatre peuvent proposer un traitement antidépresseur. Beaucoup de femmes s’inquiètent pour l’allaitement. C’est normal de se poser la question.
Quelques repères :
Il ne faut pas oublier que laisser une dépression post-partum sans traitement comporte aussi des risques : pour votre santé, votre capacité à prendre soin de votre enfant, et votre relation à long terme.
Parlez de toutes vos questions avec votre médecin, votre sage-femme ou un psychiatre spécialisé en périnatalité. Ne commencez ni n’arrêtez jamais un médicament sans avis médical.
Aucun médicament ni aucune thérapie ne peuvent remplacer un minimum de soutien au quotidien.
Des ajustements très concrets peuvent beaucoup aider :
Aide à la maison
Quelqu’un qui prépare un repas, lance une machine, vide le lave-vaisselle ou garde le bébé pendant que vous prenez une douche.
Organisation du sommeil
Votre partenaire qui prend un biberon de nuit (lait maternel tiré ou lait infantile), un proche qui gère une sieste avec le bébé pour que vous puissiez dormir.
Soutien entre parents
Ateliers parents-bébés, groupes à la PMI, associations, cafés parents, ou groupes en ligne où on parle aussi des difficultés, pas seulement des bons moments.
Mettre des limites
Réduire les visites si elles vous épuisent, dire non aux personnes qui vous jugent, demander le type d’aide dont vous avez réellement besoin (un repas, un coup de ménage, une écoute).
Ce ne sont pas des caprices. C’est une vraie part du traitement de la dépression post-partum et un moyen de prévenir la bascule d’un baby blues vers quelque chose de plus sérieux.
La maternité est souvent montrée comme un cocon parfait, avec des bébés qui dorment en souriant et des mamans rayonnantes. On montre rarement les tétées de 4 h du matin où vous avez l’impression de ne plus vous reconnaître.
Retenez au moins ceci :
Baby blues, dépression post-partum, dépression postnatale, anxiété post-partum… les mots peuvent embrouiller. Ce qui compte vraiment, c’est : comment vous, vous vous sentez et comment vous arrivez à vivre votre quotidien.
Si vous vous êtes reconnue dans tout ou partie de ce texte :
Demander de l’aide pour une dépression post-partum est un acte de courage, pas un échec.
Vous faites déjà quelque chose d’immense : donner la vie et prendre soin d’un nouveau-né. Prendre soin de votre santé mentale fait partie intégrante du fait d’être la bonne mère que vous êtes déjà.